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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 10:48

~~François Hollande, le grand absent européen Libération : Yannick Jadot http://www.liberation.fr/monde/2015/02/04/francois-hollande-le-grand-absent-europeen_1195710 Si François Hollande ne saisit pas l’opportunité du bouleversement politique grec pour investir l’espace européen, alors sa présidence n’aura été qu’un simulacre de démocratie de plus, perpétué par et pour une oligarchie politico-médiatique obsédée par la grande messe de l’élection présidentielle. Et le Président n’aura tenu que le rôle principal d’une nouvelle saison d’un «Dallas» à la française, surjouant une souveraineté nationale aujourd’hui disparue lorsqu’il s’agit de dérèglement climatique, de dumping social, de paradis fiscaux, de sécurité énergétique ou de terrorisme. Pire, il aura privé les Français des moyens de sortir des crises économique, sociale, environnementale et démocratique. Initié sous la présidence Sarkozy, le désinvestissement de la France dans l’Union européenne s’est poursuivi sous sa présidence. C’est d’abord le résultat d’une «déculturation» européenne. Jamais la France n’a eu aussi peu d’influence dans les institutions européennes, jamais elle ne s’en est aussi peu souciée. Beaucoup s’inquiètent que l’Europe perde la France comme moteur. C’est plus gravement la France qui perd l’Europe comme horizon. L’histoire fausse mais symptomatique qui circule à Bruxelles raconte que lors des sommets franco-allemands, Merkel vient avec sa liste de courses (décisions, nominations à acter) et Hollande sa liste de blagues. Les dirigeants français et leurs partis, prisonniers d’une culture politique nationale aussi étriquée que régressive, ont cessé de considérer l’espace politique européen comme le terrain de reconquête d’une capacité d’action dans un monde en désordre. Ce rétrécissement identitaire est aussi renoncement politique. A l’exception du terrain géopolitique et militaire, Sarkozy et Hollande ont, chacun à leur façon, laissé à Merkel, et dans une moindre mesure à Cameron et Barroso, la gestion de l’Union européenne. Souvent pour le pire. Angela Merkel a usé de la puissance de son économie pour imposer une austérité destructrice au sein de l’Union et un libre-échange brutal en dehors. Et pour cause : plus l’Europe stagne économiquement, plus forte est l’hégémonie allemande et donc la popularité interne de la chancelière. Le président Hollande a jusqu’ici paru se satisfaire de cette terrible répartition des tâches. Il a préféré obtenir directement de la chancelière des flexibilités dans le jeu absurde des contraintes budgétaires plutôt que de construire des alliances, notamment après l’arrivée de Renzi, pour en changer les règles. Disparition du plan de relance 2012, réduction historique du budget européen d’investissement et de solidarité, abandon de l’ambition européenne sur l’efficacité énergétique et les renouvelables, dilution du projet européen dans le traité de libre-échange avec les Etats-Unis, rien n’a encore suscité le sursaut attendu. Ce sera un échec dramatique pour l’Europe si l’arrivée au pouvoir de Syriza ne se traduit que par des aménagements de la dette et du programme de soutien à la Grèce, aussi essentiels soient-ils dans l’immédiat. C’est l’opportunité de réorienter les politiques européennes et d’en finir avec ces jeux pervers de domination-soumission qui déconstruisent chaque jour le projet européen. Les chantiers sont connus, à défaut d’avoir été menés : mutualisation des dettes, fonds d’amortissement pour les dettes publiques issues de la crise financière, harmonisation fiscale, convergence sociale, plan d’investissement - autrement plus ambitieux que le plan Juncker - misant sur la transition énergétique et son potentiel de création d’emplois, l’éducation, la formation, la santé et la recherche… Mais la méthode importe autant que le contenu. Il faut en finir avec la concentration des pouvoirs de décision au niveau du sommet des dirigeants européens. Si la dramaturgie des «sommets de la dernière chance» et les photos de nos dirigeants aux visages concernés et déterminés maintiennent l’illusion de leur pouvoir, cette dérive n’a permis d’apporter ni solutions aux crises ni réponses structurelles au déficit d’intégration économique et politique de l’Union. Au contraire, elle paralyse l’Europe. Les sommets fonctionnant sur le principe d’unanimité, toute décision commune est d’abord celle du pays qui menace de poser son veto. Ainsi le Royaume-Uni sur la fiscalité, les Pays-Bas, le Luxembourg ou l’Irlande sur les paradis fiscaux, la Pologne sur le climat, et dorénavant la Grèce peut-être sur les sanctions contre Poutine. Il est urgent d’en revenir à la méthode communautaire qui, par le jeu des majorités qualifiées au Conseil et au Parlement, rend possible le mouvement et le partage utile de souveraineté. Il reviendra alors au Parlement européen d’être à la hauteur des responsabilités et des compétences que les citoyens et les traités européens lui donnent, donc de se libérer des injonctions des gouvernements comme des logiques foireuses de coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates. Ces transformations sont indispensables pour les Grecs, et pour l’ensemble des Européens, si l’on veut sortir des crises et construire en Europe un espace de civilisation et de solidarité. Nos sociétés sont attirées, faute de perspective européenne, par les sirènes nationalistes. Cette tendance n’est pas l’attribut de la seule extrême droite. En Grèce et en Espagne, en Allemagne et en France, la gauche radicale affiche une complaisance, voire une amitié malsaine avec des régimes de type chaveziste ou poutinien. La coalition menée par Syriza avec le parti ultranationaliste d’extrême droite Anel est aussi un signal politique que les responsables européens, et chacun d’entre nous, auraient tort de sous-estimer. Pour cela aussi, Syriza et l’Europe n’ont pas le droit d’échouer. Alors François Hollande, président roi de France ou dirigeant européen

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Published by Serge Borvon Europe Ecologie les Verts
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