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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 16:58

Déjà trois ans que la catastrophe nucléaire de Fukushima a eu lieu et nous n’en avons pas encore appréhendé toutes les conséquences. Tout comme la gestion de l’accident, la situation post-accidentelle semble improvisée, pour ne pas dire négligée.

Aujourd’hui, la société Tepco évoque 30 à 40 ans de travaux avant que le site soit sécurisé et sans danger immédiat, sans aucune garantie que la catastrophe ne s’aggrave encore. En effet, les combustibles encore présents dans le réacteur n°4 sont encore très instables et font craindre un autre accident en cas de catastrophe naturelle (séisme, tsunami, typhon).

Pour les Japonais, la catastrophe est avant tout humaine, et bientôt sanitaire. Près de 300 000 personnes qui vivaient près de Fukushima ont été évacuées, entrainant de nombreux problèmes : pertes d’emplois, stigmatisation, insécurité, stress, maladies...

Aujourd’hui, on estime à environ 1 700 le nombre de victimes de la situation post-Fukushima, leurs décès étant liés au stress ou à d’autres maladies. Des chiffres peu fiables qui seront forcément amenés à grossir avec l’épidémie de cancers qui a déjà commencé, notamment parmi les enfants.

Habiter dans la zone ou devenir un paria

Les autorités japonaises ont dernièrement levé l’interdiction de se rendre dans certains districts de Fukushima et le gouvernement appuie le retour des populations dans ces zones. Habiter en zone contaminée, ou vivre comme un paria : tel est le dilemme auquel sont confrontés les anciens habitants de Fukushima.

Les Japonais qui reviendront perdront l’indemnité qu’ils touchaient en reconnaissance de leur préjudice moral. Pour les autres, le versement des indemnités pourrait s’arrêter dès 2015.

Face au déni de responsabilité du gouvernement, la société japonaise – traditionnellement soumise à l’autorité – continue de se mobiliser. L’abandon des poursuites contre les responsables de la catastrophe de Fukushima a été vécu comme une trahison et des centaines de personnes ont manifesté à Tokyo contre cette décision.

Sans oublier le scandale des SDF japonais, recrutés par les mafias japonaises pour nettoyer les alentours de Fukushima, sans connaitre l’intensité des radiations à laquelle ils sont exposés et pour un salaire de misère.

Le prix de l’accident

Fukushima a aussi un coût financier et économique démesuré, estimé à environ 200 milliards d’euros, soit l’équivalent de la reconversion complète du modèle énergétique japonais vers des énergies renouvelables. Tepco, nationalisé depuis 2012, est sous perfusion de l’État. Au final, ce sont donc les citoyens japonais qui paieront le prix de cet accident.

N’oublions pas qu’en France, dans un rapport confidentiel paru au mois de février 2013, l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN) estimait entre 430 à 1 000 milliards d’euros le coût d’un accident nucléaire majeur en France. L’IRSN avait aussi avancé le chiffre de 5 800 milliards d’euros dans le cas où les conditions météorologiques empireraient la situation.

Les conséquences économiques pour le Japon sont importantes : augmentation du prix de l’énergie liée à l’importation d’énergies fossiles, effondrement de l’économie locale autour de Fukushima, baisse du tourisme... Tout cela alors que la dette publique atteint des sommets (230% du PIB en 2013).

La gestion de l’eau contaminée

Enfin, la catastrophe environnementale est mondiale. La gestion de l’eau contaminée (pour refroidir les combustibles) est un casse-tête sans solution, qui pousse les autorités à des rejets massifs (400 tonnes d’eau par jour selon les dernières estimations) dans l’Océan Pacifique.

Défauts de construction et erreurs humaines sont les principales raisons de ces fuites, que l’on ne peut colmater et qui contaminent l’environnement marin à l’échelle globale.

Seule une partie de l’eau contaminée est stockée dans des citernes autour de la centrale. Or, on estime le volume d’eau stockée dans les citernes sur le site de Fukushima à plus de 400 000 mètres cubes d’eau.

Un chiffre lui aussi amené à grossir alors même que le nombre de citernes et leur qualité fait défaut. A l’heure qu’il est, personne ne sait encore comment va s’opérer la décontamination ou le stockage de cette eau sur le long terme.

Des webcams dans la centrale

Une bonne nouvelle néanmoins, Tepco a enfin commencé à retirer les combustibles de la piscine 4, qui est la plus grande menace aujourd’hui. L’état des barres de combustibles, endommagées par l’accident et corrodées par l’eau de mer, rend l’opération risquée.

Surtout, Tepco n’a toujours pas accès à certaines parties de la centrale où seuls des robots peuvent pénétrer. Ils enregistrent des images des lieux, en attendant que la radioactivité ait suffisamment baissé pour qu’une intervention humaine soit possible.

Dans ce contexte post-apocalyptique, le gouvernement japonais souhaite néanmoins faire redémarrer ses centrales : deux réacteurs devraient être réactivés d’ici cet été alors que la transparence fait toujours défaut.

La société Tepco se vante de l’installation de webcams qui permettent au public de surveiller les centrales en direct, mais les autorités continuent de dissimuler ou minorer certaines informations concernant l’étendue de la contamination, la gestion de la catastrophe ou bien la sécurité alimentaire.

Le dernier homme de Fukushima

Pour toutes ces raisons, je tiens à saluer Naoto Matsumura, le dernier homme de Fukushima, que nous avons la chance d’accueillir en France et dont les propos doivent nous interpeller :

« J’avais connaissance de Three Miles Island et de Tchernobyl, mais on nous disait que la technologie japonaise était la meilleure ; c’est exactement le même discours que j’entends aujourd’hui de la part d’EDF en France ».

Au Japon, 80% des éléments radioactifs sont retombés dans l’océan, si un accident de cette ampleur avait lieu en Europe, les conséquences sur les populations seraient bien plus importantes. Alors qu’en France le débat sur le vieillissement des centrales fait rage, alors qu’EDF croule sous les travaux de maintenance, pouvons-nous courir le risque de jouer avec le feu nucléaire ?

Les trois ans de Fukushima, ce n’est pas une vaine commémoration, c’est un rappel à l’ordre, pour ne pas oublier et pour reprendre la main sur notre avenir énergétique !

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 20:30

Pacte de responsabilité : sortons de la connivence malsaine entre l'Etat et le Medef!

Le Monde.fr | 06.03.2014 à 11h49 |Par Yannick Jadot (député européen Europe Ecologie-Les Verts)


 

C’est avec la CGT que Jean-Marc Ayrault a ouvert, lundi 27 janvier, sa concertation sur le pacte de responsabilité.

 

Avec son pacte de responsabilité, François Hollande espère relancer l'économie et réconcilier les Français avec l'entreprise. Mais comment imaginer qu'une solution au chômage massif et à l'atonie économique émerge du dialogue de sourds entre le patron des patrons et le ministre du redressement productif ?

Le premier a promis un million d'emplois en contrepartie des 30 milliards d'allègement de charges, quand le second lui en réclame deux millions. Lapolitique se réduirait-elle désormais à « acheter » des emplois au patronat ? Pourréussir, un tel pacte ne devra pas seulement sortir de la seule logique austéritaire, il devra rompre radicalement avec des décennies de cogestion de l'économie en vase-clos par l'Etat et le Medef, cette caricature du jacobinisme et du colbertisme français qui contribuent largement à la crise que nous traversons.

L'après-guerre a certes été marqué par un Etat très fort, gérant la recherche, la production et la demande, choisissant la technologie, créant des groupes industriels dédiés, achetant la production. Ainsi ont émergé des « champions » industriels : EDFArevaAlstom, Dassault, Elf-Total... Ils sont depuis les interlocuteurs privilégiés de l'Etat, et ont table ouverte dans tous les ministères comme à l'Elysée. La violence de la désindustrialisation de notre pays démontre cependant combien ce modèle est à bout de souffle.

Car certains de ceux qui furent nos champions nationaux sont devenus cette oligarchie prédatrice, jalouse de sa rente industrielle dont elle gère la pérennité avec l'Etat. Créés ou soutenus au nom de l'intérêt général, ils sont désormais les meilleurs défenseurs du statu quo.

SANS CONDITIONNALITÉS SOCIALES OU ENVIRONNEMENTALES

Ainsi l'Etat soutient-il pour près de 10 milliards d'euros PSA et Renault, sans conditionnalités sociales ou environnementales, sans questionner les choix industriels ou les délocalisations.

L'obsession du diesel coûte 7 milliards d'euros de cadeaux fiscaux, 16 milliards d'importations et tue 16000 personnes par an ? Surtout ne changeons rien, nous dit-on, même si notre industrie s'effondre quand Toyota et ses véhicules hybrides obtient des résultats historiques !

Les groupes agro-indutriels bretons s'écroulent malgré les subventions publiques, la pratique sans vergogne du dumping social et environnemental et des productions bas de gamme ? Le gouvernement remet des centaines de millions d'euros dans cette machine infernale sans imposer un changement radical vers plus de valeur ajoutée, continuant d'ignorer ces acteurs de l'élevage et de l'agro-alimentaire qui ont fait le choix de la durabilité et de la qualité attendue par les consommateurs.

Au finale, l'Etat continue de ne s'adresser qu'aux patrons des grands groupes industriels, renforçant l'idée que leur représentant, le MEDEF, est la seule et véritable Première Dame de France.

Il n'y a pas de fatalité à ce que la France subisse cette double délocalisation : celle des activités traditionnelles et celle du potentiel non exploité dans les secteurs d'avenir. Il faut pour cela sortir d'une vision strictement nationale et étatique,envisager l'Europe comme horizon nécessaire pour l'économie française, donnerenfin la priorité absolue aux PME.

INVESTISSONS MASSIVEMENT DANS L'ÉDUCATION ET LA FORMATION

Quel meilleur moyen de réconcilier les Français avec l'entreprise que deréconcilier celle-ci avec ses salariés ? L'Allemagne et les pays du Nord de l'Europe démontrent combien la performance des entreprises dépend de la place qu'elles réservent à leurs salariés. Investissons massivement dans l'éducation et la formation, augmentons jusqu'à 50% la représentation des salariés dans les conseils d'administration, afin qu'ils deviennent acteurs du changement et non plus variables d'ajustement !

Quel meilleur moyen de moderniser le rôle de l'Etat qu'en cessant d'en faire un pompier équipé d'un saut d'eau ? L'Etat doit intervenir en stratège aux côtés de ses partenaires européens. Dans les secteurs traditionnels comme la sidérurgie, il achète du temps à Mittal pour retarder l'inéluctable, mais oublie de s'allier à ses voisins pour le contraindre à réorienter sa production vers l'éolien et les aciers légers, ces secteurs à haute valeur ajoutée, sobres en énergie et carbone et sources d'emplois !

Quel meilleur moyen de soutenir l'offre qu'en l'orientant sur les secteurs stratégiques d'avenir ? Sortons de l'obsession nucléaire et de la diversion des gaz de schiste pour nous tourner résolument vers les emplois et les PME créés dans les économies d'énergie et des renouvelables.

Choisissons le bâtiment, la chimie verte, l'agro-écologie, le recyclage et lesservices de proximité qui permettent en même temps de lutter contre les précarités dans le logement, l'alimentation, l'énergie, la santé, l'éducation, laculture. Donnons nous les moyens de construire les champions de demain grâce à une politique industrielle européenne.

PRIORITÉ ABSOLUE

Quel meilleur moyen enfin de dynamiser le tissu économique qu'en donnant la priorité absolue aux entreprises petites, moyennes, de taille intermédiaire et issues de l'économie sociale et solidaire ? En Allemagne ou en Italie du Nord elles forment le cœur de l'économie.

Ce sont elles qui développeront les innovations technologiques et sociales de demain, créeront la majorité des emplois, aménageront nos territoires, et redonneront du sens au travail et à la production. A l'instar des Etats-Unis, défendons à l'échelle européenne l'accès privilégié des PME locales aux marchés publics.

Notre fiscalité nationale n'est ni efficace économiquement, ni juste socialement, ni protectrice de l'environnement. Comment justifier que les grands groupes paient moins de 10% d'impôts quand les PME et TPE s'acquittent, elles, de 22% et 33% ? Commençons par inverser la progressivité de l'impôt sur les sociétés. L'évasion fiscale en Europe nous coûte 1000 milliards d'euros par an ? Engageons la convergence fiscale dans l'Union en fixant un taux minimal d'impôtssur les sociétés de 25%.

La vieille complicité de l'Etat avec le Medef nous enfonce chaque jour un peu plus dans l'impasse. Elle nourrit la défiance des citoyens envers le système politique et économique. Elle empêche l'émergence d'une démocratie sociale équilibrée et responsable. Elle nous éloigne de la reconquête de notre souveraineté économique par l'Europe. Elle broie les énergies vitales de la société. C'est le moment d'y mettre fin.

 

 

  • Yannick Jadot (député européen Europe Ecologie-Les Verts) 
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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 08:04

 COMITE DE SOUTIEN

 

  Vivons Plougastel Intensément !

 

 La Gauche rassemblée et écologique

 

 

Nous voulons être celles et ceux qui ouvriront une autre voie pour Plougastel. C’est pourquoi la liste Vivons Plougastel Intensément ! a décidé de  rassembler les forces de Gauche et de l'Ecologique pour porter des solutions et des méthodes nouvelles dans la gestion des affaires municipales.

Pour impulser de nouveaux projets, il est nécessaire de donner la parole aux habitants et aux habitantes et de favoriser leur implication dans la prise des décisions. C’est avec eux, que nous construirons le Plougastel de demain, dans les villages, les hameaux et les quartiers. Nous voulons une véritable démocratie locale ; cela nécessite un changement en profondeur de la pratique du pouvoir. 

Plougastel a besoin d’une nouvelle dynamique.

 

Je rejoins le comité de soutien de la liste Vivons Plougastel Intensément !

 

Contact: plougastel2014àgmail.com

             www.vivonsplougastelintensement.com

 

 

 

 

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 09:48
Claire Malléjac conduit une liste de la "gauche rassemblée" et a fait alliance avec des membres d'Europe Écologie Les Verts
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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 09:52

Commerce/Conseil Informel

Traité de libre échange avec les États-Unis: face aux rumeurs sur les doutes de Berlin, Karel De Gucht tente de séduire

 

Aujourd’hui, vendredi 28 février 2014, les ministres du commerce de l’Union européenne se réunissaient lors d’un conseil informel. Alors qu’hier  la presse allemande révélait l’existence d’une note du gouvernement allemand faisant état de ses inquiétudes vis-à-vis de possibles impacts négatifs de cet accord, Karel De Gucht répond en lançant aujourd’hui une opération séduction auprès des États membres. Son but : qu’ils fassent la promotion des supposés bienfaits de l’accord de libre-échange avec les États-Unis.

Pour Yannick JADOT, député européen EELV et porte-parole du groupe des Verts sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis:

« Les promoteurs de cet accord commencent à se rendre compte qu’ils ne pourront pas continuer à négocier dans la plus grande opacité un accord remettant en cause des choix démocratiquement décidés par les européens. Face aux critiques de plus en plus nombreuses de citoyens inquiets et d’ONG, la Commission européenne a déjà dû ouvrir une consultation sur le mécanisme de règlement des différends. Maintenant, ce sont les États, parmi lesquels l’Allemagne, grand promoteur du projet, qui commencent à l’abandonner en rase campagne. Une bonne nouvelle qui ne doit pas occulter le fait que les lobbys américains et européens continuent de travailler à une conclusion rapide des négociations.

Du coup, les déclarations de François Hollande lors de son voyage aux États-Unis demandant que l’on accélère le rythme des négociations laissent un goût amer, à ceux qui pensaient que le salut viendrait de la France. Une vraie déception !

Face à Karel De Gucht, les États membres ne devront pas se laisser abuser. Cet accord est dangereux non seulement pour notre modèle mais aussi pour la démocratie. Il est encore temps de tout stopper avant le prochain cycle de négociation qui se tiendra à partir du 10 mars prochain. »

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 14:25

Travailleurs détachés: les parlementaires EELV mobilisés contre l’esclavage moderne

A la veille d'un vote à l'Assemblée nationale sur le dumping social et la concurrence déloyale et d'une ultime réunion européenne sur le dossier des travailleurs détachés, l'eurodéputée Karima Delli et les députés Danielle Auroi et Christophe Cavard appellent à ne pas se tromper de combat : « c'est bien aux employeurs véreux qu'il faut s'attaquer et à eux seuls », notamment en renforçant les pouvoirs des inspections du travail.

 


La semaine dernière, le dossier des travailleurs détachés était au centre du débat parlementaire à Paris comme à Bruxelles. A l’Assemblée nationale, les députés ont débattu d’une proposition de loi contre le dumping social et la concurrence déloyale qui sera soumise au vote ce mardi 25 février. Au plan européen, les négociations entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen patinent. Une réunion de la dernière chance aura lieu jeudi 27 pour aboutir à un compromis sur un sujet qui divise profondément les gouvernements européens.

Fin de l’impunité pour les entreprises frauduleuses

Rappelons les faits. Selon une directive de 1996 instituant le « détachement » des travailleurs, un travailleur détaché – c'est-à-dire affecté temporairement dans un autre pays européen – reste affilié au système de sécurité sociale de son pays, mais bénéficie des conditions de travail et du salaire minimum du pays d’accueil. La France est le premier pays européen d’accueil des travailleurs détachés, elle est aussi le troisième  pays à expatrier ses salariés chez ses voisins.

Malheureusement, ce statut créé pour protéger les salariés des abus s’est révélé une véritable passoire, du fait de nombreuses fraudes et détournements de la directive de 1996. Bouygues a par exemple employé plus de 3 000 travailleurs étrangers sur le chantier de l'EPR de Flamanville. En ayant recours à une cascade de sous-traitants basés aux quatre coins de l'Europe, l’entreprise a cherché à bénéficier des régimes sociaux les moins protecteurs, contournant illégalement les règles européennes et se déchargeant de toute responsabilité. Plus flagrant encore, Ryanair a soumis ses salariés basés à l'aéroport de Marseille au régime social irlandais en arguant qu'ils étaient des travailleurs détachés en France. Si l’un des sous-traitants de Bouygues, Atlanco, vient de se faire condamner par la justice, bon nombre de fraudes restent malheureusement impunies, par manque de contrôles.

« Abrogeons la directive ! » entend-on ici ou là chez certains dirigeants usant de démagogie et de désinformation, sans proposer de réelle solution. Mais cela reviendrait à supprimer le minimum de protection aujourd'hui accordée aux salariés européens légaux, en permettant demain à une entreprise d'embaucher légalement des travailleurs roumains en France payés au niveau du salaire minimum en Roumanie. Ce serait le retour de la directive Bolkestein et de son principe tant décrié du « pays d'origine ». Nous les écologistes, nous ne faisons pas l'erreur de nous tromper de combat : avec 200 à 300 000 travailleurs détachés irrégulièrement, c'est bien aux employeurs véreux qu'il faut s'attaquer et à eux seuls.

À Bruxelles, les eurodéputés demandent un renforcement des pouvoirs des inspections du travail qui disposeraient d’un arsenal juridique bien plus puissant pour lutter contre les fraudes : les sociétés « boîtes aux lettres », les « faux » travailleurs indépendants, etc. La responsabilité conjointe et solidaire dans les chaînes de sous-traitance, dans tous les secteurs économiques et pas seulement dans le bâtiment, empêcherait les donneurs d’ordre de fuir leurs responsabilités. Enfin, ils souhaitent contraindre les Etats à muscler leur coopération administrative, pour des poursuites rapides et efficaces au niveau européen.

A Paris, la loi vise à renforcer l'arsenal législatif national contre les fraudes, en particulier sur la responsabilité conjointe et solidaire des maîtres d'ouvrage et des donneurs d'ordre. Son article 1er notamment étend l'obligation de vigilance de l'entreprise et établit une liste noire des entreprises frauduleuses, ce qui devrait avoir un effet fortement dissuasif.

Europe sociale contre Europe ultralibérale

Dès 2006, le groupe des eurodéputés écologistes fait adopter une résolution reprenant toutes les propositions aujourd'hui en débat : renforcement du rôle des inspections du travail en cas d'infraction, échange systématique d'information et création d'une liste noire, responsabilité conjointe et solidaire afin de s'attaquer au phénomène de la sous-traitance en cascade. Quelques mois plus tard, la droite a reconduit le très libéral José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Dans ces conditions, comment peut-elle s’étonner de l'inaction de la Commission ?

Un Traité de convergence pour mettre fin au dumping fiscal et social

Première étape vers la création de la monnaie unique, le modèle du « serpent monétaire », créé dans les années 1970, a permis aux États européens de protéger leurs monnaies contre la spéculation des marchés financiers. Avec un serpent fiscal et social européen, nous pourrions organiser la convergence des salaires minimums ou encore de l'impôt sur les sociétés. En resserrant progressivement ce « serpent » social et fiscal, les écarts que l'on constate aujourd'hui en Europe se réduiraient pour atteindre un équilibre soutenable des niveaux de vie. Plus réaliste qu'une harmonisation pure et simple, cette proposition donnerait corps à la devise européenne « unis dans la diversité ». Nous devons aussi peser pour étendre l’obligation de vigilance des maisons-mères sur leurs filiales et sous-traitants au-delà des frontières de l’Europe. Car il faut mettre fin à toute forme d’esclavage moderne, quelle que soit la nationalité des travailleurs concernés.

A l’heure où s’engage une profonde réflexion sur la démocratisation de la zone euro, pour en finir avec la « Troïka » qui a mis les pays du Sud de l’Europe à genoux, les opportunités sont immenses : retroussons nos manches pour donner du corps à l’Europe que nous voulons une Europe solidaire et volontaire.

Karima Delli, députée européenne, membre de la commission de l’Emploi et des affaires sociales

Danielle Auroi, présidente de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale, députée du Puy-de-Dôme

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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 14:20

Le président du Medef a demandé un moratoire sur toutes les réformes en cours ou à venir qui pourraient faire peur aux entrepreneurs. C'est la marque d'une irresponsabilité totale à l'égard des seniors, des stagiaires ou des salariés en situation de pénibilité.

C’est à se demander si le patron du Medef n’aime rien tant que d’alimenter sa marionnette des Guignols de l’info en saillies en tout genre. Après sa sortie américaine où, invité du voyage présidentiel, il s’est permis de critiquer violemment le pacte de responsabilité du chef de l’Etat, le voilà qui, mardi, au cours de sa conférence de presse, s’est plaint du « stress des patrons » engendré par « ces lois qui sont dans les tuyaux ».

Pierre Gattaz a « peur ». Peur du contrat de génération, peur du projet de loi visant à éviter les abus d’emploi des stagiaires, peur encore de la réglementation à venir sur la pénibilité, prise dans le cadre de la loi sur les retraites. Pierre Gattaz veut un moratoire sur tous ces textes. Rien de moins.

Gageons qu’il y aura bien quelqu’un au sein de l’entourage du patron des patrons pour lui expliquer le fonctionnement des institutions de la 5ème République. Lorsqu’une loi est votée par le Parlement et validée par le Conseil constitutionnel, comme cela a été le cas avec celle sur la réforme des retraites, il revient aux pouvoirs publics de préparer les décrets d’application. Certes, il est déjà arrivé par le passé que le gouvernement « oublie » de publier certains textes réglementaires. Mais il s’agissait le plus souvent de dispositifs techniques obscurs pour le grand public. Comment monsieur Gattaz peut-il espérer que le gouvernement « oublie » en toute discrétion celui sur la pénibilité, alors que c’était la contrepartie portée par le Premier ministre pour faire accepter cette réforme des retraites à une majorité de gauche hostile à l’allongement de la durée de cotisation?

Equité sociale

Plus sérieusement, le Medef peut-il raisonnablement combattre un dispositif visant à traiter la question de pénibilité du travail ? Certes, on peut admettre que le patronat ne soit pas très sensible aux questions d’équité sociale et donc qu’il ne soit pas demandeur de mesures visant à compenser par des départs anticipés la perte d’espérance vie due aux expositions professionnelles et aux mauvaises conditions de travail… Mais dans un pays où l’écart d’espérance de vie entre les catégories sociales est très élevée (près de sept ans), où le lobbying patronal contre des mesures de prévention porte une lourde responsabilité dans l’ampleur de la catastrophe de l’amiante – laquelle a volé des années de retraite à des dizaines de milliers d’ouvriers – on pourrait s’attendre à davantage de commisération.

Maintien en emploi des seniors

Au-delà de cette irresponsabilité morale, c’est l’irresponsabilité sociale illustrée par cette sortie du premier patron de France qui est la plus inquiétante. Le « compte personnel de prévention de la pénibilité », voté dans la réforme des retraites et dont la rédaction des décrets effraie Monsieur Gattaz, est aussi un mécanisme devant inciter les entreprises à adapter les conditions de travail au vieillissement des salariés. C’est le corollaire indissociable du recul de l’âge de la retraite réclamée par le Medef. Il s’agit ni plus ni moins de permettre effectivement aux seniors de se maintenir en emploi, et donc d’offrir des conditions de travail soutenables pour des salariés vieillissants. C’est ce qu’ont fait les pays d’Europe du Nord.

Les entreprises françaises, elles, en sont encore loin. Comme l’a montré le rapport Moreau et les rapports successifs du Conseil d’orientation des retraites, notre taux d’emploi des seniors reste bien inférieur à la moyenne européenne. Les âges effectifs de sortie du marché du travail restent en deçà de l’âge légal de départ en retraite. Entre les deux, les transitions sont l’inaptitude médicale, le chômage, l’invalidité…

Les entreprises ne se sont pas adaptées pour garder en leur sein des salariés dont les capacités déclinent sous l’effet de l’avance en âge, des maladies chroniques qui surviennent après 50 ans, et des conséquences à long terme des expositions professionnelles passées. Et selon le principe des vases communiquant, reculer l’âge de la retraite au nom de l’équilibre des régimes, sans se préoccuper des conditions de travail comme semble le prôner Monsieur Gattaz, c’est creuser le déficit de l’assurance-chômage et de l’invalidité.

Enfin, on peut aussi évoquer l’irresponsabilité politique du Medef. Cette question de la pénibilité n’est pas arrivée avec la gauche. La loi Fillon de 2003 sur les retraites comportait déjà un volet pénibilité. Sauf qu’elle renvoyait le traitement de cette question à la négociation entre les partenaires sociaux, sans contrainte de délai comme l’avait plaidé le Medef. Or ce dernier, considérant qu’il avait eu satisfaction avec ce premier allongement de la durée de cotisation, a refusé pendant des années de négocier sur la pénibilité. Et en 2010, lors de la seconde loi Fillon sur le même sujet, il a usé de son écoute auprès d’une majorité complaisante pour totalement vider de sa substance un dispositif pénibilité mort-né.

Il faudra bien qu’un jour l’organisation patronale choisisse : soit elle assume pleinement son rôle de partenaire social crédible et fiable, et elle accepte le jeu de la démocratie sociale, soit elle mise sur des majorités politiques qui lui sont plus favorables et elle compose alors avec la démocratie parlementaire. Tant que ce choix n’est pas fait, Pierre Gattaz encourt le risque de devoir imiter longtemps sa marionnette des Guignols !

François Desriaux

 

 

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 09:16
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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 07:28

     COMMUNIQUÉ

Nantes, le 23 février 2014

 

Violences et saccages à Nantes : Refusons la violence 
et le détournement d'une cause juste

 

La cause de l'opposition au projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes, projet aussi inutile que nuisible, est une juste cause. Elle ne justifie en rien les destructions commises à Nantes et nous exprimons notre solidarité avec ceux qui en ont été victimes. Nous considérons particulièrement intolérable de s'en prendre aux outils du service public, alors que nous défendons comme écologistes son renforcement.

Depuis plus de 15 ans que ce projet d'aéroport  a été ressorti des cartons, les écologistes s’y opposent à l’échelle locale, régionale et nationale. Chaque jour qui passe ajoute une raison supplémentaire d’abandonner ce projet : contrainte budgétaire de plus en plus lourde pour l’État et les collectivités, protection des terres agricoles contre l’étalement urbain, lutte contre le dérèglement climatique, inventaire de biodiversité des espaces concernés…

Lorsqu’il est apparu que des casseurs parasitaient et détournaient la manifestation de samedi 22 février, tous les responsables écologistes ont immédiatement condamné ces agissements inacceptables. Les casseurs et autres black blocks, selon les propres mots du ministre de l’Intérieur, ne se battent pas pour l’écologie ni même contre le projet d’aéroport, mais contre l'État et le capitalisme, comme leurs slogans taggués le montrent. Il y a eu d'autres manifestations de toute obédience, qui ont dérapé violemment. Là aussi, certains ont protesté contre les amalgames. Il est dommage que les condamnations soient à géométrie variable. Pour les écologistes, elles sont constantes et systématiques, quels que soient les sujets ou les organisateurs.

Nous, écologistes, laissons les uns et les autres à leurs contradictions. Nous, écologistes, prenons nos responsabilités et disons  "plus jamais ça". Nous ne voulons pas donner à ces violents l'occasion de mener leur guérilla urbaine, à Nantes ou ailleurs,  nous demandons aux associations porteuses de cette lutte légitime de mener une réflexion approfondie sur les moyens d'éviter que nos mobilisations collectives ne soient détournées par des groupes radicaux.

Europe Écologie – Les Verts continuera inlassablement son combat contre ce projet. Faute d’un abandon à brève échéance du projet par l’État – solution la plus simple pour sortir de l’ambigüité, les préconisations de la commission de dialogue et des experts scientifiques doivent être mises en œuvre ce qui n’est toujours pas le cas et rien ne doit être entrepris tant que les recours sur les derniers arrêtés n’auront pas été jugés.

 

Signataires :

Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Écologie – Les Verts

Elen Debost, secrétaire régionale d’Europe Ecologie – Les Verts

Cécile Bir et Nicolas Martin, co-secrétaires du groupe local de Nantes d’EELV

Pascale Chiron, tête de liste écologiste et citoyenne à Nantes

Jean-Philippe Magnen, président du groupe EELV au conseil régional

Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique

François de Rugy, député de Loire-Atlantique

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 11:58
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